Erwann Bleizmor,
Commandant du SAINT MARTIN



Monsieur le président directeur général
Compagnie des Saints Transporteurs
8, place de la Grâce
75006 Paris



Objet : Incendie à bord du SAINT MARTIN, évacuation sanitaire, remorquage
Pièces jointes : Mon rapport de mer




Conformément à notre dernière conversation téléphonique, voici un compte rendu des faits qui se sont déroulés à bord du SAINT MARTIN lors de la traversée de Rio à Hambourg. Le 7 mars, un incendie se déclare dans le local séparateurs conduisant à la destruction de celui-ci. Au cours de la lutte, Monsieur Dugenoux fut gravement brûlé et du être évacué. Les dégâts occasionné par le feu étant trop important pour être répare par le bord, nous avons du faire appelle à la société de remorquage SMITH pour nous remorquer à Las Palmas pour réparer les avaries



Le 25 février nous quittons Rio avec un chargement de 10 000 tonnes de marchandises diverses. La météo est clémente durant toute la traversée. A 10h30, le 7 mars, le feu se déclare dans le local des separateurs. L’incendie est détecté par l’ouvrier mécanicien, monsieur Dugenoux, alors qu’il apportait du produit de nettoyage pour le séparateur FO en cours de visite. Son premier réflexe est de déclencher l’alarme générale grave au boiter prévu à cet effet présent dans ce local. Il attaque aussitôt le feu qui a pris sur le réchauffeur électrique FO n°1 à l’aide d’un extincteur à CO2. Le troisième mécanicien est sur les lieux du sinistre deux minutes après l’alarme. Il isole le FO stoppe la pompe et coupe l’alimentation électrique du boîtier. Le feu gagne le calorifugeage du rechauffeur n°2 qui est imbibé de fioul. Un extincteur à poudre de 50kg est percuté mais le feu n’est toujours pas maîtrisé. Pire, le bac contenant les pièces du séparateur en cours de visite, plein de produits s’enflamme. L’ouvrier et le troisième se replient en fermant avec soin les portes coupe-feu du local. Sur la demande du chef je procède à un arrêt d’urgence du moteur principal. Le groupe de secours est démarré, la ventilation du local est stoppée ainsi que toute l’alimentation électrique du local. Les pompes alimentaires en combustibles des groupes étant dans ce local, elles stoppent par défaut tension, provoquant un Black Out. La tension revient rapidement sur les barres grâce au couplage du groupe de secours. Nous stoppons toutes la ventilation machine.
A 10h35, les équipes de pompiers arrivent à la machines. Une équipe est mise en protection et arrose à la lance les parois du local pendant que le deuxième attaque le feu à la mousse. Si le feu dans les gattes s’éteint, les flammes lèchent toujours les boîtiers de commandes des pompes et un plusieurs foyers violents persistent sur les moteurs électriques des séparateurs et des pompes. Nous tentons de diminuer la température du local en envoyant directement de l’eau pulvérisée par les lances en jet diffusé puis par les sprinkler du local…. Sans effets. La température continue de beaucoup monter. A 10h45, la machine est évacuée de tout le personnel non muni d’appareil respiratoire. Les pompiers se replient à 11h15 après avoir refermer les portes de ce local. Nous décidons d’envoyer le CO2. Pour ceux, après avoir fait un appel et constater que personne ne manquait, nous percutons 30 bouteilles, correspondant à 50% du volume du compartiment.
Le suivi du feu est difficile car les détecteurs de flamme du local ont brûlé…. De la fumée est présente partout dans le local. Nous prenons régulièrement des mesures de températures dans l’alleyway adjacente au local en feu… 5 heures après l’envoi du CO2 la température se stabilise et commence enfin à diminuer à 10 heures plus tard.
Après l’évacuation de la machine, je fais déborder l’embarcation tribord et demande à l’équipage de se préparer à l’abandon.
Rassemblement de tous dans la salle de sport, chacun muni de sa combinaison d’immersion, des provisions supplémentaire d’eau et de nourritures sont faites. J’informe le MRCC des canaris de notre situation par INMARSAT en précisant qu’aucune assistance n’est actuellement requise. Le 8 vers 10h, Une équipe de pompier équipée de Fenzy pénètre dans la machine afin de vérifier que le feu est éteint. Toute trace de combustion ayant disparue, la ventilation machine est redisposée. Le local est complètement détruit. Malgré de la rapidité de notre intervention la destruction du local n’a pas pu être éviter. Cependant, ayant rapidement décide d’utiliser le système d’extinction fixe a évité la propagation du feu à l’ensemble de la machine, limitant ainsi l’étendue des dégâts. Le réchauffeur qui est à l’origine du feu était un modèle électrique réputé pour leur manque de fiabilité et de nombreuse demande auprès du service technique avait été faite pour le changer.


Lors de la lutte contre le feu, l’ouvrier mécanicien, Monsieur Dugenoux fut gravement brûlé au bras et à la jambe droite. Alors qu’il percutait l’extincteur à poudre, une déflagration consécutive à l’éclatement d’un bidon de produit de nettoyage à provoqué un jet de flamme sur lui. Nous l’avons rapidement évacué par civière vers l’hôpital où nous lui avons prodigué les premiers soins. Après consultation avec le centre de teleconsultation maritime de Purpan, nous lui avons rincé les plaies puis posé un bandage de tulle gras. De plus, une perfusion de G5 (sérum physiologique à 5% de glucose) fut posée afin de le réhydrater. Il fut placé sous oxygénothérapie à 20l/min. L’état de monsieur Dugenoux étant sérieux, nous décidons de demander une évacuation sanitaire. Le MRCC des canaries me met en relation avec le paquebot Océan Princess sur lequel se trouve un médecin. Par chance, ce navire est proche de notre position. A 11h50, le navire est à 10 milles de notre position. A 12h20, leur canot rapide est à l’eau avec le médecin à son bord. L’échelle de pilote est disposée, et le médecin monte à bord à 12h40. Nous procédons à l’évacuation par la grue du bord. Monsieur Dugenoux est sur l’Océan Princess à 13h00
Nous avons pu apporter les meilleurs soins possibles à l’ouvrier mécanicien grâce à la récente formation au médicale trois du Second Capitaine. Les nouvelles de monsieur Dugenoux sont rassurantes, il ne devrait avoir aucune séquelle.

Les avaries survenues par l’incendie sont d’une telle ampleur que nous ne pouvons envisager de réparer pour remettre en route. Il nous faut donc demander l’assistance d’un remorqueur pour rejoindre Las Palmas, qui est le port le plus proche (environ 270 milles dans notre sud). Après convocations des principaux de l’équipage (voir PV ci joint), je contact le MRCC par INMARSAT pour demander l’assistance d’un remorqueur de haute mer. Celui ci m’informe de la présence du HEAVYTUG de la société SMITH sur ma zone…Le remorqueur mesure 60 mètres pour une margeur de 13metres. Sa puissance est de 20000cv pour une force de traction de 100 tonnes. Je le contacte par VHF sur le canal 16 puis 69. Nous convenons d’un accord LOF 2000, avec arbitrage à Londres. Le 8 à midi, le remorqueur se présente à un demi mille sur notre avant. La mer est calme, le vent nul. Nous disposons la puissance électrique sur les treuils afin de pouvoir prendre la remorque plus aisément. A 12h30, nous recevons une touline par lance amarre et amenons à bord la remorque. Nous capelons la chaîne sur le Bracket-Smit à 13h00. La remorque, d’environ 500 mètres est constituée de 12 mètres de chaîne, d’une pantoire en fil d’acier d’une soixantaine de mètres, d’une pantoire en nylon double de 50 mètres puis le câble d’acier du remorqueur. Commence alors le remorquage. A 16h00, notre vitesse est de 5 nœuds. Nous avons disposé la puissance électrique sur l’appareil à gouverner afin de faciliter la manœuvre. Le remorquage dure deux jours et demi sans incident. La météo est restée clémente. Après accord des autorités du port de relâche, nous larguons la remorque le 10 à 23h15 pour prendre celle des remorqueurs portuaires qui nous mettent à quai à Las Palmas. Je signe une attestation de service rendu au capitaine du remorqueur. Tous les moyens à notre dispositions ont été mis en œuvre pour faciliter la manœuvre de remorquage. Nous avons effectué avec promptitude la prise de remorque et le système de gouverne à pu être utilise afin d’aider la manœuvre du remorqueur.


Les travaux à effectués dans le compartiment machine se limite au local séparateurs. Cependant, la virulence du feu à complètement détruit l’ensemble des installations. Nous avons donc reçu les techniciens Alfa Laval pour installer deux nouvelles unités de traitements du combustible ainsi que deux séparateurs à fioul, deux séparateurs à huiles et un séparateur DO. Après votre accord, j’ai fait décharger la marchandise à bord afin qu’elle parvienne à destination dans les temps. En effet, les réparations devraient durer au moins deux semaines.


A l’arrivée à Las Palmas, j’ai déposé mon rapport de mer au consulat (voir copie ci jointe). J’ai déclaré le navire en avarie commune afin de mutualiser les frais de remorquage d’escale et de débarquement de la marchandise. J’ai fait régulariser la situation de monsieur Dugenoux auprès des autorités de la Grande Canarie et organiser son rapatriement sanitaire en Europe. De plus, j’ai envoye une demande d’expert auprès du Bureau Veritas ainsi qu’auprès de nos assureurs corps. La compagnie de remorquage à fait saisir le navire en vue du paiement des frais remorquages.


Le feu a pour origine un réchauffeur électrique défectueux dont nous avions demandes plusieurs fois le remplacement par un modèle à vapeur. Les dégâts ont été limités grâce à une intervention rapide des équipes de pompiers régulièrement entraînées. Je suggère que un plus grand nombre de bouteilles d’air soit mis à bord. Nous avons consommé les dernières lors de l’inspection après étouffement au CO2.
Le blesse fut traité avec les meilleurs soins possibles. Nous avons constaté que le brancard du bord était un modèle ancien et peu maniable. L’acquisition d’un nouveau modèle plus léger et plus maniable serait souhaitable
Le remorquage s’est déroulé d’excellente façon. Nous avons repartis au mieux la puissance électrique afin de faciliter toutes les manœuvre. Aucun risque n’a été pris.

Je reste à votre disposition pour toute information complémentaire, je vous prie d’agréer, Monsieur le président directeur général, à l’expression de ma considération distinguée.